En réalité, je suis seulement perdue dans un t shirt trop grand pour moi, la musique un peu trop forte pour me faire oublier le reste, une image de princesse sous les yeux. C'est fou ce qu'elle est ravissante. En fait, je m'en fiche d'être à sa place. Je voudrais juste garder l'air serein qu'elle affiche toute une journée sur son visage. Un petit sourire figé dans le temps, une expression apaisée ... C'est tout. Au lieu de ça, je me force chaque jour à adresser quelques mots à ces gens, à leur sourire. A participer à une conversation, à acquiescer tout en me retenant d'exposer mon avis. Je me retiens, jusqu'à ce que je n'en puisse plus de toute cette comédie. Dans ces moments là, je sors quelque chose pour écrire ce que j'aimerais tant dire à haute voix. Ce que je ne dis pas, pour respecter un tant soit peu les inquiétudes de mes proches. Après, je me plonge dans ma lecture en me disant que j'aurais essayé. Je suis au milieu des autres, ils peuvent enfin m'ignorer sans plus faire semblant d'écouter cette pauvre fille qui n'a aucun avis sur rien.
Forcément, j'aimerais leur donner mon opinion. Que cette soirée était ridicule, qu'il n'y a aucun intérêt à me raconter le spectacle de deux jeunes hommes nus en plein milieu du bar, que je trouve tout simplement débile d'aller à ce genre d'événements avec des semblants de connaissances. La question de politesse « Pourquoi ne pas être venue ? » tombe. Aïe, comment leur dire que je me fiche de me faire des amis, que j'ai bien trop à faire avec ceux que j'ai déjà, ceux qui comptent vraiment. Les seuls qui comprennent totalement comment je vis, ce que j'aime. Eux ne comprennent pas, ne pourront pas comprendre cette aversion pour le monde, la fête, l'alcool et les autres attitudes du même acabit. Je hais ce genre de manifestation où personne ne se connait vraiment. Je ne passe du temps qu'avec ceux que j'aime du fond du c½ur. Ceux pour qui je donnerai n'importe quoi, ferai tout mon possible pour les voir heureux. Vous tous, que j'aime tant.
Alors, comment leur dire ? Eh bien je ne dis rien, je ravale ma morgue mais je ne me rabaisse pas à jouer un rôle trop longtemps. Je serai la « fille aux livres » qui ne parle pas beaucoup, n'a pas d'avis et qui est bien silencieuse en travail de groupe parce qu'elle ne veut pas s'enflammer. J'ai tant d'idées, pourtant. Mais je me tais, ça me va très bien comme ça. Je me plonge à fond dans le reste, et j'oublie le monde qui m'entoure. Après tout, je suis une princesse. Une reine égoïste, une reine en manque. Un sceptre pour le pouvoir, une couronne pour le plaisir, et la beauté que j'aimerais avoir, juste pour les supplanter tous au moins dans un domaine. Ou deux, puisque l'amitié est déjà le premier. Car personne au monde ne pourrait être plus heureuse que moi de son entourage.
Je suis une reine bien entourée, une illusion de princesse. Une illusion véritablement heureuse, malgré le monde qui la dérange. Si seulement mon univers pouvait se résumer à vous ... Mais quelque chose gêne.



